Je venais de refaire une bonne partie de mon homelab. La virtualisation, le stockage, le réseau, les sauvegardes : tout avait été repris, déplacé ou repensé.
Quelques semaines plus tard, j’ai rouvert une configuration et je me suis posé une question assez simple :
Pourquoi est-ce que j’avais fait ça comme ça ?
Je savais qu’il y avait une raison. J’avais probablement testé plusieurs solutions, rencontré un problème puis choisi celle qui s’adaptait le mieux à mon environnement. Le résultat fonctionnait toujours, mais le chemin pour y arriver avait déjà commencé à disparaître.
Ce n’était pas la première fois.
Résoudre, passer au suivant, oublier
J’ai longtemps travaillé de cette manière dans mon homelab. Une idée me trottait dans la tête, je montais un petit lab, je cassais quelques trucs et je finissais par obtenir quelque chose d’utilisable.
Une fois le problème résolu, je passais au suivant.
Le raisonnement restait quelque part entre ma mémoire, un historique de commandes et quelques fichiers dont le nom commençait parfois par final et finissait par v2. Autant dire que, six mois plus tard, la recherche archéologique était rarement brillante.
Le plus frustrant n’était pas d’avoir oublié une commande. Une documentation constructeur pouvait souvent me la redonner. Ce que je perdais, c’était la raison du choix : pourquoi cet outil, pourquoi cette architecture et quelle mauvaise piste j’avais déjà éliminée.
La reconstruction qui a servi de déclic
Cette remise à plat du homelab est arrivée pendant une période plus compliquée professionnellement, où je me suis retrouvé au chômage. J’avais davantage de temps pour reprendre les fondations, expérimenter et remettre de l’ordre dans ce que j’avais accumulé.
En reconstruisant la virtualisation, le stockage, le réseau et les sauvegardes, j’ai compris que mon principal problème n’était pas technique.
Je ne gardais aucune trace de ce que je faisais.
Je pouvais passer plusieurs soirées à comprendre un comportement, trouver le bon compromis, vérifier que tout fonctionnait… puis ne laisser derrière moi que la configuration finale. Toute la partie intéressante disparaissait alors que c’était justement elle qui pouvait m’être utile plus tard.
Un blog plutôt qu’un dossier de notes oublié
J’aurais pu ouvrir un dossier documentation/, rédiger trois fichiers Markdown et oublier leur existence. Je me connais suffisamment pour savoir comment cette histoire se serait terminée.
Le blog ajoutait une petite contrainte qui me manquait : pour publier un article, je devais remettre les événements dans l’ordre, expliquer le problème et vérifier que ce que j’écrivais correspondait encore à la réalité.
Il ne s’agissait plus seulement de conserver une commande. Il fallait raconter pourquoi elle avait été nécessaire.
C’est devenu la première mission de ce blog : servir de mémoire technique à mon homelab. Si un retour d’expérience peut ensuite faire gagner du temps à quelqu’un ou lui donner une idée à essayer, c’est un très bon bonus.
Pour mon parcours et ce qui se cache derrière le pseudo, la page mook –about fait désormais bien mieux le travail qu’une longue présentation au milieu de cet article.
Ce que cette mauvaise habitude a fini par produire
Depuis, les articles les plus intéressants sont justement ceux que je n’aurais probablement jamais documentés avant.
La naissance de WarpgateSH aurait pu rester un script lancé à la main puis oublié. Les sauvegardes qui malmenaient mon cluster Ceph auraient pu se résumer à « j’ai décalé les horaires et ça va mieux ». Et ma petite révision du cluster OPNsense aurait probablement laissé derrière elle une correction sans son raisonnement.
Tout n’est pas documenté pour autant. Certains essais restent dans un terminal, certains projets attendent encore leur article et je continue parfois à comprendre trop tard que j’aurais dû prendre des notes plus tôt.
Mais le réflexe a changé. Quand je termine quelque chose, je ne me demande plus seulement si ça fonctionne aujourd’hui. Je me demande aussi ce que j’aurai oublié le jour où je devrai y revenir.
C’est généralement là qu’un nouvel article commence.
